“Dans une civilisation qui dédiait ses palais aux cadavres, le Versailles d'un pharaon se présente sous forme de mausolée” (Joséphin Péladan - XIXe-XXe s.)

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L’écrivain français Joséphin Péladan (1858-1918), qui s'était donné le surnom de Sâr Mérodack Joséphin Péladan, fut le co-fondateur de l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix.
Il ambitionnait - vaste programme ! - d' “extirper la laideur du monde moderne, s'opposant ainsi au matérialisme ambiant”. (Wikipédia)
Dans son ouvrage Les idées et les formes. Antiquités orientales : Égypte, Kaldée, Assyrie, Chine, Phénicie, Judée, Arabie, Inde, Perse, Aryas d'Asie mineure, édité en 1908 (extraits ci-dessous), il décrivit à grands traits l’évolution, en Égypte, de l’architecture funéraire, depuis le tumulus jusqu’à la “tombe pharaonique”, celle-ci ayant connu deux formes différentes successives, à Memphis, puis à Thèbes.
On ne manquera pas de remarquer que l’auteur apporte une réponse tranchée à la question maintes fois posée de l’origine de la forme pyramidale égyptienne et de son éventuelle inspiration auprès d’autres civilisations. Selon lui, une passerelle apparaît comme certaine entre les ziggourats mésopotamiennes (“chaldéennes”) et les pyramides de Saqqarah (pyramide à degrés) et même de Meïdoum.

 
Portrait de “Sâr Mérodack Joséphin Péladan” 
par Marcellin Desboutin (1891)


“L'origine de l'architecture funéraire se voit dans le tumulus, ce tertre artificiel accumulé sur
l'endroit où le mort a été enseveli. Cela se pratique encore parmi les pasteurs et nomades. L'homme très civilisé s'occupe de sa tombe ; le pharaon la commençait à son avènement et à côté de sa tombe se groupaient celles de ses proches, de ses officiers et ainsi se formait une ville des morts.
La maison par excellence fut la maison du double : l'homme, à sa mort, disparaît comme le soleil à la fin du jour, mais il ne meurt pas, il entre dans une vie éternelle. Cela explique, dit M. Perrot, que les Achéens de Mycènes aient enseveli tant d'or et que les plus beaux vases grecs se soient trouvés dans les sépultures de l'Étrurie.
Pour l'ancien empire, Mariette n'a trouvé que des squelettes, mais ne disait-il pas, cet incantateur du Campo Santo égyptien, qu'il y avait des momies si bien cachées qu'on ne les découvrirait jamais.
On appelle du nom arabe de mastaba la tombe. Toujours quadrangulaire, orientée aux points cardinaux, ayant de 2 à 5 mètres de côté, elle se compose de deux pièces : la chapelle où viennent les parents, et le caveau où repose la momie, “appartement privé du double” muré et qu'il eût été sacrilège de franchir. On nomme serbab (2) (en arabe, corridor) la pièce murée qui contenait les statues du mort.
Les mastabas étudiés par Mariette, au nombre de 142, s'étendent sur plus de mille années. Il faut considérer le mastaba comme la tombe privée : on y trouve de magnifiques bas-reliefs et des statues. Une pyramide indique toujours un grand nombre de mastabas : autour de la sépulture royale, tout un peuple a logé son double.
La tombe implique la stèle portant l'inscription funéraire ou la formule d'offrande. “Le premier venu répétant, en l'honneur du mort, la formule de l'offrande procurait au double les objets énumérés.” (Maspero)
Pour nous-mêmes, croyants, le tombeau n'est qu'un lieu où le corps achève sa désagrégation ; pour l'Égyptien, c'était l'habitacle d'une vie beaucoup plus longue et au moins aussi précaire. Il ne suffit pas de donner la sécurité au désincarné, on peint les murs des scènes même de la vie, pour qu'il soit distrait.
Le Ka que Maspero a traduit par le double correspond au corps astral de l'occultisme. Spencer a tenté en vain d'expliquer la théorie du double par les phénomènes ordinaires. Dans la tombe, le mort refait le songe de la vie, c'est sa maison posthume, demeure éternelle en comparaison de l'hôtellerie où il a vécu organiquement.
Les nécropoles sont placées sur les plateaux, à l'abri de l'inondation, aux pieds des monts libyens, comme à Memphis, à Abydos, à Thèbes. Entre la chapelle et le sépulcre, il y a un conduit par lequel l'arôme arrive aux statues.(...)
La tombe pharaonique passe de la forme pyramidale de Memphis à celle du temple funéraire de Thèbes.
À Abydos, la sixième dynastie a laissé des mastabas. Par suite de la nature du sol, les tombes construites, au lieu d'être creusées, formaient une multitude de petites pyramides en longues rues, de 506 mètres.
Entre Memphis et Abydos, les nécropoles de Beni-Hassan, [sont] appelés speos (grottes) parce qu'elles sont taillées dans la falaise.      
Le Moyen Empire suit en les réduisant les proportions antérieures et se plaît au speos : le Nouvel Empire ouvre ses tombes royales dans un ravin, c'est l'hypogée que les Grecs appellent syringe.
On peut les envisager comme une image du monde infernal avec ses étroits et sombres couloirs.
Une réflexion mélancolique s'impose en cette étude. Malgré tant de soins pour sauvegarder sa dépouille mortelle, l'ancien fellah finit chez le marchand de couleur dans une vessie de plomb et Ramsès II, devenu un objet de vitrine, subit la curiosité stupide des touristes.
À la pyramide Memphite succéda la chapelle funéraire de Thèbes, véritable sanctuaire, dont les murs racontent les exploits du dédicataire. Ensuite vient le speos, l'hypogée dont Victor Hugo eût dit peut-être que c'était l'envers d'une pyramide. (...)

Photo de 1920 (auteur inconnu)

Pyramide de Khéops : deux millions de mètres cubes sur cinquante-quatre mille mètres carrés ;
avec ses deux voisines, on formerait un mur de trois mètres sur un d'Alexandrie à la côte de Guinée. La masse ici joue un rôle esthétique.
Dans une civilisation qui dédiait ses palais aux cadavres, le Versailles d'un pharaon se présente
sous forme de mausolée. Au trentième gradin on a la vue la plus étendue sur le désert gris : l'entrée se trouve à douze mètres du sol ;il faut ramper dans un couloir étroit et en pente, puis on monte des marches parmi le grouillis des scorpions et l'effarement des chauves-souris. Le colonel Wyse, le premier, explora la grande pyramide ; on a calculé que la construction de ce monument a nécessité l'emploi de cent mille ouvriers pendant vingt années.
Pyramide de Khéphren : aussi haute que celle de Khéops, mais de moindre largeur (215 mètres de côté) ; il y a deux issues au nord, l'une au ras du sol, l'autre à 15 mètres. Le couloir d'entrée descend pendant 34 mètres, puis va en ligne droite au caveau creusé dans le rocher. Belzoni y vit le cercueil de granit, mais non la momie.
Pyramide de Menkara : la plus petite (108 mètres de côté). Le couloir s'enfonce dans le sol ; on trouve une salle destinée à tromper les profanateurs. Vyse trouva la momie du pharaon intacte en 1837 ; le navire qui transportait le cercueil de basalte à Londres sombra.
Le plateau de Gizeh est littéralement une nécropole : on rencontre trois petites pyramides devant celle de Khéops et des débris près de celle de Khéphren ; au sud de Menkara, trois autres pyramides, et puis les mastabas s'étendent en avenues.
La pyramide de Saqqarah pose l'important problème des relations d'origine entre la Kaldée
et l'Égypte : ici nous sommes en présence d'une véritable zigurrat (c'est-à-dire tour à sept assises en retrait l'une sur l'autre). Elle serait antérieure aux Pyramides (?) et aurait 7.000 ans et justifierait la thèse qui fait du delta persique la première étape, tôt abandonnée, des Ser'Hor (2). La pyramide de Meidoun inspire la même réflexion.
Le dernier groupe de pyramides est celui de Dachour.”

Source : Gallica
(1) erreur de l’auteur : lire serdab
(2) mes recherches ne m’ont pas permis d’identifier ce type de monument.

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