Une “visite de cérémonie” aux pyramides, par Frédéric de Carcy (XIXe s.)

Publié le par pyramidales

Petit-fils d’émigré, aristocrate lorrain, officier d’état-major, issu de Saint-Cyr, Frédéric de Carcy (1814-1889) est l’auteur d’un ouvrage - De Paris en Égypte : souvenirs de voyage, 1874 - dans lequel, faute d’informations à caractère technique ou spécifiquement archéologique, il se contente de quelques généralités sur les pyramides.

Après l’énoncé d’une “pensée philosophique” fugace sur la relativité de la “durée” des pyramides, il s’attarde néanmoins quelque peu sur la destination de ces monuments-tombeaux et sur la manière complexe avec laquelle leurs bâtisseurs ont cherché à protéger au mieux les sépultures royales pour les rendre “inabordables”. Le revêtement même des pyramides avait pour fonction de préserver le secret de leur entrée, et par là, du chemin conduisant aux chambres mortuaires.
Nos connaissances en pyramidologie n’auront donc pas enregistré de progrès sensible à la lecture de la relation qui suit. Mais sans doute était-il important à une certaine époque, qui s’interrogeait sur la fonction première des pyramides, de rappeler que celles-ci étaient en lien direct avec les honneurs réservés aux défunts...“à l’abri de l’inondation du Nil”.

Illustration : Livadas et Coutsicos - s.d.

“Nous faisons mettre dans la voiture un déjeuner complet, et nous partons, avec bonheur, pour la visite de cérémonie que nous allons faire à ces monuments majestueux.
Les Pyramides sont restées, depuis six mille ans, les témoins constants, immuables, de l’apparition et de l’anéantissement successifs de tant de générations éteintes, de tant de dynasties, de tant de misères et de grandeurs tombées dans l’oubli, sans laisser un souvenir des agitations de leur éphémère importance. Aussi ne fait-on pas le trajet jusqu’aux Pyramides sans être absorbé par des pensées philosophiques sur les milliers d’années d’existence de ces masses colossales, qui n’auront eu qu’un atome de durée entre l’infini du passé et l’infini de l’avenir. (...)
Les Pyramides d’Égypte ont été classées, depuis un temps immémorial, parmi les sept merveilles du monde. Ce sont les monuments les plus élevés et les plus durables qui aient jamais été construits par les hommes.
Celles de Gizeh sont placées à l’extrémité nord d’une chaîne de collines qui s’étend jusqu’à Saqqarah, à douze kilomètres vers le sud.
L’élévation de ces collines les mettant à l’abri de l’inondation périodique du Nil, leur emplacement avait été choisi pour la nécropole de Memphis. (...)
Les Pyramides, grandes et petites, dominent la nécropole : elles se succèdent ou se groupent sur les sommets. On en compte dix-huit vers Saqqarah, et nous en voyons six à Gizeh.
Toutes les Pyramides sont des tombeaux de rois ou de princes. Leur antiquité remonte à six ou sept mille ans, et si on n’aide pas à leur destruction, on  ne voit pas dans l’avenir de limite à leur durée. (Mariette)
Devant nous se dressent les trois plus célèbres ; elles sont les tombes de Chéops, de Chéphren et de Mycérinus. Les plus petites sont les sépultures des membres de la famille de ces rois.
La plus élevée, celle de Chéops, avait primitivement  cent quarante-six mètres de hauteur ; le sommet ayant été dégradé, elle n’en a plus maintenant que cent trente-huit ; cette élévation est à peu près le double de celle des tours de Notre-Dame de Paris. Chéops est composée de deux cents assises ou couches d’énormes blocs de beau calcaire tiré des carrières de Mokatan. Elle cube environ deux millions cinq cent soixante-deux mille mètres (2.562.576 mètres, d’après Mariette). (...)
Les Pyramides étaient des tombeaux hermétiquement clos après qu’on avait ménagé intérieurement la chambre de sépulture du roi. On ne pouvait parvenir à cette chambre que par une série de couloirs fermés, de puits bouchés en différents endroits, et disposés de manière à ce que les tombes fussent inabordables.
On semble avoir cherché à rendre aussi difficile que possible la recherche des chemins étroits qui seuls conduisaient à la salle sépulcrale. Chacune des Pyramides avait un temple extérieur qui s’élevait à quelques mètres en avant de la face orientale. Le roi défunt recevait un culte régulièrement organisé dans ce temple.
Les Pyramides, originairement terminées en pointe aiguë, étaient recouvertes d’un revêtement lisse qui cachait entièrement, sur une des faces, à une certaine hauteur, l’unique entrée du chemin secret des constructions intérieures.
Ce qui, pour certains rois, était ainsi pratiqué en grand dans les Pyramides, était imité, autant que possible, pour la disposition des autres sépultures importantes.
La grande préoccupation des Égyptiens était d’ensevelir les morts à l’abri de l’inondation du Nil. Dans la vaste plaine du Delta, couverte chaque année par les eaux, on plaçait les corps dans l’épaisseur des murs des villes et des temples.”

Source : Gallica

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